Littérature et poésie

Nouveauté

L’OBSCURITÉ – suite poétique

18,00

Les mots
qui sont-ils ?

Seraient-ils, eux-aussi, sécrétés par ce que l’on nomme l’illusion racine ?

L’encre, du stylet, coule méticuleusement
à distance
sur le chemin qui serpente – au-delà des signes

Comment cela est-il possible ?

Une parole naît

Tel serait le premier et le dernier mot de l’animal redressé – pour voir plus loin

Est-ce suffisant ?

 

L’OBSCURITÉ va au-delà de la galerie de portraits que sa construction met en relief. LE UN, rassemblement mouvant de musicien·nes en recherche d’improvisation et de jeu collectif, est au centre du projet, il reflète le hasard des rencontres et le long cours. À chacun·e, son texte. Par strates, le paysage humain d’un ensemble surgit. Tout devient consistance, le temps et le travail partagés, le quotidien, les liens noués, les questionnements. Aucun commentaire puisqu’il y a poésie mais des références, des associations, une pensée qui fuse ou s’appesantit. Les points de rencontre, réels ou immatériels, sont des points de partage et d’intensité, des points d’attention. La musique explose dans la pensée du musicien, Lionel Marchetti s’exprime aussi dans la construction graphique du texte, sa syntaxe. La forme devient substrat. Les singularités et les complémentarités sont soudain tangibles. Lionel Marchetti nous laisse nous approcher au plus près, ressentir, nous offre une place privilégiée au milieu des musicien·nes, dans la teneur de l’expérience.

Nouveauté

Mourir en chemise de nuit

10,00
lorsque le monde appuie sur la porte
rester dedans
elle pourrait rester dedans
pour le reste de sa vie dedans
et laisser le monde se raconter
par la bouche des autres
Plus que jamais, l’actualité s’invite dans les conversations, occupe les silences, provoque des phases d’insomnie difficiles à endiguer. Elle rebondit parfois sur des préoccupations personnelles, des moments de vie particuliers qui ont besoin absolument d’être exprimés. Se saisir des peurs, des événements traumatiques, revient alors à englober l’intime et l’époque dans un mouvement continu.
Florence Toussan et Pierre Martin se sont retrouvés en septembre 2025 en résidence à Valmondois, un temps ouvert aux échanges, à la volonté de faire du malaise un enjeu commun. Mourir en chemise de nuit est né à cet endroit précis, sur des sentiers de forêt, dans le vent d’automne, dans un croisement de voix et de souffles. À deux, tout résonne et s’hybride, les discussions prennent de l’épaisseur, le boucan est tel qu’il faut s’en saisir et par l’écriture lui donner un support, une réalité, lui faire cracher les mots et les images. Au rythme des pas et des idées, deux textes ont pris corps pour se répondre, en regard, chacun allant où l’autre vient le compléter ou le prolonger, lui apporter un éclairage plus intense. Lorsque passé et présent élaborent la même histoire, les mêmes incompréhensions, il est temps de porter le questionnement au milieu de la place, urgent de ne plus dire que l’on ne savait pas. De chapitre en chapitre, le chemin oscille entre réminiscence et sursis et résolument nous conduit Du côté des vivants.
Nouveauté

balbutiements

10,00

la terne viscosité
des étoiles t’enveloppe
fait des ravages dans tes yeux
noirs t’enivre de nuit sa cire
goutte à goutte fond dans ton souffle
la nuit s’éteint ton ombre hésite
à devenir lumière et à s’installer dans
ta voix aux sèves gris-bleu comme un ciel changeant

 

balbutiements est une longue lettre dans laquelle Yoann Lévêque réinvente une passion qui serait quotidienne et nourrie de couleurs, de détails, de choses simples et souvent friables. L’emploi de la deuxième personne de singulier renouvelle l’intimité à chaque instant, nous introduit au cœur même d’un amour incendié. Aucune ponctuation comme un seul élan, un seul souffle, le flot est limpide, pulsant, et nous tient dans une émouvante proximité. Les fragments de vie s’agencent, organisent l’espace du texte, coupures et sauts de ligne sont travaillés, soupesés, le rythme poli, pour que se déroule sous nos yeux un long ruban plissé tandis que l’oreille absorbe la musique des mots, une dentelle de sons à la fois familiers et absolument nouveaux.

balbutiements est un hymne au désir, à l’éparpillement du désir dans la vie du couple, au sens que prennent les habitudes, les attentes, lorsque passe le temps, que soudain un anniversaire vient bouleverser le regard sur soi. Quarante ans pour marquer un passage, quarante ans qui viennent peser, introduire du doute et interpeller la femme aimée. Quelle compensation ? demande l’auteur. Le passage du temps se fait, il est acté, il n’y a pas de subterfuges, et l’écriture fouille, inspecte jusqu’au plus petit recoin d’un long compagnonnage. Il s’agit de vivre et de se dépouiller d’une forme de nostalgie que le langage encercle. Il s’agit de recenser les plus infimes nuances et toutes les vulnérabilités mises à nues et de leur restituer par la pensée la plus précise, par une exigence de lucidité, la place qui est la leur.

Nouveauté

Traire la langue

10,00

Ses quatre murs sont sa forêt où personne ne pénètre sans avoir bu le sang du loup, lacéré sa chair avec l’écorce du bouleau, sans avoir été frappé jusqu’au ventre par le regard égaré du chevreuil, sans avoir d’abord fait l’amour avec elle. Et mêler les râles de jouissances à ceux des corolles qui brûlent dans les paumes espérantes de l’aube.

 

D’un ébranlement, écrire, un texte intime s’ébauche, fragmenté, travaillé à la pointe comme un bloc de marbre, taillé jusqu’à trouver sa forme pure, son évidence. La combinaison est luxuriante et le bouleversement opère par petites touches. Marine Giangregorio se mesure au jeu des événements, il lui faut choisir, piocher, détourer, abraser, poncer, on traverse avec elle la solitude et la colère, de vieilles âmes traînent en plein vent, et des désirs avoués se dissolvent dans un vécu obsédant. Marine Giangregoio a ce genre de franchise indispensable pour s’emparer du féminin et le décadrer, pour user de l’écrit en tant que révélateur, écriture tendue, langue oscillante, entre tendre et abrupte, crue s’il le faut, impudique souvent, ne se refusant rien, s’offrant le luxe d’emprunter toutes les directions et toutes les formes. Son intention est celle de nous hanter. Nous hantent les émotions, les désirs que l’autrice déballe, reprend, rejoue, repêche, Traire la langue, dit-elle. La modulation est résolument contemporaine, Marine Giangregorio s’empare sans fléchir de ce qui nous obsède.

Nouveauté

Petites proses insolites (et autres problèmes insolubles)

10,00

Certains jours, je désirerais rejoindre le monde réel : m’extirper enfin de ce dédale. Et puis, d’autres fois, je songe que ce labyrinthe est la seule authentique réalité. Oui, plus j’y réfléchis plus je me convaincs que l’extérieur est un mythe pur et simple, inventé pour forcer les gens à trimer !
De toute façon, j’ai cessé de creuser des couloirs. J’ai fabriqué une chambre spacieuse, là où je suis arrivé, et je dors sur un frais matelas de rameaux amoncelés. Que n’y avais-je pensé plus tôt ! Mon renoncement m’aura conduit assez près du paradis, en fin de compte.

 

L’inspiration puissante de Marie-Anne Bruch nous invite à pénétrer dans un récit d’atmosphère, version polyphonique du rêve, et à en repousser les contours. Il nous revient de partager ses visions, autant de fractions de mondes que de fractions de pensées, par imprégnation lente ou par embardées, les yeux entrouverts entre fable et réel. Le chemin ainsi ouvert se scinde et déploie ses ramifications vers un champ de possibles où l’écriture devient le moyen de manier et l’absurde et la lucidité, et mine de rien, de focaliser l’attention sur les vertiges de notre société.
Chaque moment se revendique d’un réalisme absurde et porte sa propre exaltation, la sensation de chuter, par exemple, celle de voler, le trouble qu’inspire la répétition d’une même chose, sont évoqués à une distance qui nous est à la fois familière et difficile à appréhender.

Indifféremment au féminin ou au masculin, la présence est mouvante et peut revêtir toutes les formes et identités, capable de tout vivre, tout explorer, l’exiguïté et la démesure, les sensations corporelles, les dérives du temps. L’intangible est sous le mot, sous l’image, embusqué, il naît d’une langue déterminée, directe, aux intonations poétiques. Petites proses insolites a la particularité du rêve et de son souvenir, une boussole interne, et va au rythme d’une respiration, celle de l’autrice, toujours plus longue, plus large, plus éprouvée.

Nouveauté

Filons

10,00

vouloir être fatigué le soir, et puis les matins loin – d’avoir paradé de proche en proche dans des criques brumeuses éclairées au néon – dans la ville déchirée de flux en tous sens – presque plus trace de la moindre fête – presque plus – presque plus trace aux corps – mais danser – et attendre la prochaine pluie phosphorescente

Si l’auscultation se révèle parfois impudique, l’approche de « Filons » est résolument tendre. Civo du Léiramel explore ce qui se passe en lui, ce qui est, a été, ce qui reste accroché dans la tête, dans les rêves et qui hante le moment. La portée du fantasme sous le réel, sous l’armure du temps ou l’expérience, nous entraîne dans l’épaisseur de l’écriture. D’un désir d’enfant sans défense à l’avènement d’un érotisme adulte, le texte développe un langage derrière lequel s’épanouissent l’humour et la lucidité de l’auteur. À chaque instant, frappé par le rejet et l’errance, Civo nous sollicite : par où passer ? Quelle voie (voix) suivre jusqu’aux autres, quelle voix (voie) prendre pour aller jusqu’à soi ? Le rapport est souvent suggéré, parfois frontal, la langue extirpée de la honte ou de la colère n’est à la merci de rien ni de personne. Chaque ligne est creusée dans l’expérience ou le désir, dans le bruit de la solitude, on peut lui emboîter le pas ou se laisser guider, entreprendre la traversée l’œil ouvert, l’oreille à l’affût, à la recherche de couleurs ou de pistes neuves. Chaque ligne est taillée dans son oralité, son parlé, on peut oublier que les mots sont écrits pour les recevoir dans l’alignement d’une confidence ou un exercice d’altérité.

Nouveauté

Situations

10,00

Parce qu’ils n’avaient pas eu le temps de se cacher, le danger était entré à La Blanche au milieu des jeux, effraction brutale, d’autant plus brutale qu’elle n’avait jamais été commentée. Ce fantôme de l’enfance, danger surgi de nulle part, deviendrait pour elle, malgré elle, cette doublure du temps qui hante en secret et vient brouiller le repos aux premières lueurs du jour. Il lui arrive encore d’ouvrir les yeux dans un état de syncope et de s’entendre penser, j’ai peur.

Dans la foulée de De voix vivante et Laisse chanter la dune, Florence Toussan poursuit une réflexion sur l’humanité confrontée à ses choix. À la jointure de ce que fut le XXe siècle et de ce que laisse pressentir un XXIe siècle déjà très engagé, l’autrice emmêle et démêle des histoires inscrites dans une temporalité et un contexte de guerre qui s’échappent vers d’autres perspectives ou d’autres vertiges. Le processus est ainsi élargi, déployé, les concordances mises en relief par la portée du récit et la nature des situations. Rien n’est figé dans le temps, tout est transposable, opposable aux aveuglements et au déni que chaque époque trouve à s’inventer. Une idée-force sous-tend l’ensemble du texte : On ne pourra pas dire que l’on ne savait pas.

Les personnages sont nés dans les trous d’une histoire familiale secrète parce qu’impensée, traquée depuis l’enfance et dans la clandestinité par un impérieux désir de savoir, de comprendre. Dans Situations, l’écriture est affaire de volonté autant que d’imagination, elle puise dans la poésie pour apaiser les sensations d’oubli.

Corps quotidien

15,00
On peut, pour faire un livre, partir de l’envie de travailler ensemble. Corps quotidien est né d’une pareille envie, du désir de faire dialoguer images et textes, de les imbriquer, les confronter. La recherche d’une perception globale a orienté ce travail, le corps au centre de tout, creuset de gestes quotidiens, de ressentis, de sensations, de mémoires, d’oubli.
Un dialogue s’est ouvert pour décider du point de jonction entre l’illustration et la narration. Françoise Pélardy et Florence Toussan ont fait le choix d’une forme d’unicité, dans l’association très précise de monotypes et de textes, le compagnonnage des encres et des mots permettant l’acception du corps, jamais idéalisé, jamais banalisé, simplement cerné comme sujet dans son mouvement intérieur.
Hybrider les moments, les rituels, les climats du corps, les restituer dans diverses dimensions, très pragmatiques ou plus poétiques, tel a été le pari. Le passage du temps est un fil conducteur, une traversée de la vie à la mort, plus exactement de la mort à la vie, un cheminement chaotique, dans l’intention de saisir ce qui traverse chacun·e de nous, ce qu’il y a de sensible, ce qu’il y a de commun ou de singulier, ce qui fait l’humain.
Rien n’est univoque, rien n’est figé, le corps bouge et change, il exulte et souffre, tangue souvent. Dans Corps quotidien, l’intimité est restituée par l’expression de la pensée, elle-même exprimée par le langage de la couleur.
Les textes sélectionnés, trajectoires, fragments, sont extraits de plusieurs livres de Florence Toussan, les monotypes originaux de Françoise Pélardy ont été créés spécifiquement pour le projet.

Signes – Formes, formulations, formules

10,00
Chasse aux mots clefs
Je dois les trouver
Pour ouvrir la boîte
De Pandore Aux hyperliens
Ihintza-Chloë Hargous Aranburu est une artiste dont le travail est protéiforme, elle ne s’interdit aucun médium, vidéo, photo, peinture, techniques mixtes, écriture. Si Signes s’attache à l’écriture et à sa relation au dessin, la pensée d’Ihintza-Chloë Hargous Aranburu s’élance sur des chemins non balisés.
Signes est un lieu de réflexion, on y pénètre en invité, guidé par d’intrigantes figures, démons masqués capturés par l’artiste et déployés dans leur saisissante théâtralité. Chacun.e est libre de les laisser dialoguer avec les siens propres.
Des impressions se calligraphient, les mots se disent, se raturent, s’ajustent, cherchent à créer des correspondances, des glissements, un souffle traverse les pages, sensation de synchronicité, nous en sommes témoins, pris dans les rouages d’une mise en scène travaillée au cordeau. Puis se laisse deviner l’autre face de la proposition, son intériorité, parcours intime sans début ni fin, où œuvre finale et recherches ne font qu’un.

À l’œil

10,00
Je vous parle de l’intérieur
d’une fiction entre des murs
pour en faire une scène
Dans la longueur des jours
me terrerai dans des parcelles invisibles
une faiblesse entre les yeux
Face à la lumière. Par les mots et les images, la transmission se fait, passe par l’œil, le monde immense pénètre, impressionne la rétine, dedans s’illumine, pendant la traversée, la cornée se charge de traces, résidus essentiels du passage, couleurs et formes, transparences.
L’artiste opère, sous ses doigts, s’échantillonnent des paysages, impressions fugitives, humaines parfois, abstraites souvent, tandis que se mesurent les émotions, à l’œil. L’image advient. La gratuité du regard fait le reste, l’œil cligne, s’engage. En jeu, le même mouvement, un acte de création, de recréation, de réécriture, dans l’introspection et les réminiscences.
Entre les lignes, prennent place des êtres de chair, des enjeux d’enfance, une certaine nostalgie qui relierait passé et présent, dedans et dehors. On peut s’étonner et rester sur le seuil, une idée en tête, récurrente : On ne se sauvera de rien… ou s’interroger comme le fait Jean-Michel Picard, chiner, tâtonner, se rendre poreux et pourquoi pas fragile. Tenus à l’œil les sens s’alignent, vient le moment de mettre l’intuition sur le bon chemin.

Où et avec qui sommes-nous ?

10,00
Du fond de mon refuge je l’observe
Impuissant
Que voulait-il de plus que son habit de soie ?
Lui si frêle
Dans la bulle de lumière
D’éblouissante folie
Le papillon s’éteint
Poursuivant une réflexion toute personnelle sur la création, l’auteur se laisse traverser par l’époque. Le regard s’engage et loin d’être tranquille, s’étonne, saisit, capture. Par l’entremise des mots, des images, le flux devient litanie. Le monde d’aujourd’hui est à portée de tous mais il nous échappe inéluctablement. Où et avec qui sommes-nous ? demande l’auteur et sans attendre de réponse, il ouvre une brèche où s’émouvoir n’est plus suspect mais soutient autant l’indignation que la capacité à voir sous les apparences.

Stries

10,00
Ce désir d’être un
rétrécissant l’espace.
Retournement
des danses
par la ligne
le trait
Le corps de l’expir,
repos
au pire oubli de soi,
enlever le nombre,
miettes d’haleines cercles mouvants.
Raccourcir
Blanc sur le blanc
comme un pas
dans sa propre trace.
Dans des paysages singuliers où tout semble pouvoir exister, cohabiter, s’aligner, on avance la tête haute partagé entre l’exigence d’une lecture attentive et l’infinie liberté de la musique des mots.
La musique et les mots de Michel Doneda sont comme un souffle dans le silence, une énergie contenue jusqu’à la rupture, l’inattendu d’un grondement, d’une dispersion.
Sur ces chemins de poésie chacun trouve sa propre voix, un pont jeté à prendre deux rives insaisissables et on avance, surpris, étonné, détourné parfois, mais on avance et c’est là l’essentiel.